À Grand-Bassam, ce mercredi 7 octobre 2026, les années n’étaient pas un poids, mais une raison d’agir. Au Centre culturel Jean-Baptiste Mockey, plusieurs dizaines de personnes âgées de 60 ans et plus ont bénéficié d’une consultation médicale gratuite. Une initiative qui place une question essentielle au cœur du débat : comment mieux vieillir, sans renoncer à l’autonomie ni à la qualité de vie ?
À l’intérieur, les blouses blanches se succèdent, les patients attendent, échangent, posent des questions. Hypertension, diabète, maladies cardiovasculaires, syndromes gériatriques : les principaux risques liés au vieillissement sont passés au crible.
Organisée par la Fédération Ivoirienne de Gériatrie et de Gérontologie (FIGG), en partenariat avec le FIDRA, cette journée de consultation gratuite marque le coup d’envoi du premier congrès de la fédération, organisé du 7 au 9 octobre à Grand-Bassam.
Pour le Dr Say Ehouman François, médecin gériatre et secrétaire de la FIGG, l’enjeu dépasse largement une simple consultation médicale.
« Notre ambition est simple : ajouter de la vie aux années et faire en sorte que les années supplémentaires soient vécues dans les meilleures conditions possibles. »
Une phrase qui résume l’esprit de cette rencontre consacrée au thème : « Vieillissement, autonomie : organisation des soins à l’ère de la transition démographique et du numérique. »
Dépister aujourd’hui pour mieux vivre demain
La consultation permet aux participants de bénéficier de dépistages, de conseils de prévention, d’une orientation médicale et d’une prise en charge adaptée à leur situation.
Pour certains, cette gratuité constitue aussi une véritable opportunité face au coût parfois élevé des soins.
Traoré Mariam Paul Nadège, enseignante à la retraite, en témoigne. Venue parce qu’elle se sentait particulièrement fatiguée ces derniers temps, elle estime avoir trouvé cette consultation « au bon moment ».
Elle rappelle qu’en clinique, une consultation peut atteindre environ 17 000 francs CFA, une somme loin d’être anodine pour de nombreux retraités.
Son souhait est désormais que ce type d’opération puisse se renouveler « deux ou trois fois par an ».
Son témoignage révèle une réalité souvent silencieuse : derrière les statistiques sur le vieillissement se trouvent des femmes et des hommes confrontés quotidiennement au coût des soins, à l’isolement ou encore à la nécessité de préserver leur autonomie.
Une société face au défi du vieillissement
Les 8 et 9 octobre, le congrès se poursuivra à l’hôtel Golden Palace de Grand-Bassam avec des conférences, des communications scientifiques et des échanges consacrés aux nouveaux défis de la prise en charge des personnes âgées.
Des professionnels venus de Côte d’Ivoire, du Togo, du Bénin, du Burkina Faso, du Mali, du Niger, de France et de Martinique sont attendus. Environ 200 participants doivent prendre part à cette première édition.
L’ambition est claire : partager les connaissances, confronter les expériences et réfléchir à de nouvelles stratégies de prise en charge, notamment grâce au numérique.
Car le vieillissement n’est plus une question réservée aux seuls gériatres. Il concerne les médecins, les familles, les institutions, les structures sociales, les acteurs financiers et, plus largement, toute une société appelée à se préparer à vivre plus longtemps.
« La santé n’a pas de prix »
Partenaire de l’initiative, Sahiri Brice Hermann, chef d’agence FIDRA de Grand-Bassam, insiste sur la dimension humaine de cette mobilisation.
Pour lui, accompagner les personnes âgées ne se limite pas à une relation commerciale. La santé et le bien-être doivent aussi trouver leur place dans l’accompagnement des clients.
« Lorsqu’on n’a pas la santé, on ne peut même pas pleinement profiter de ce que les finances peuvent apporter », souligne-t-il.
Une évidence, peut-être. Mais une évidence qui prend ici une résonance particulière.
Dans les couloirs du Centre culturel Jean-Baptiste Mockey, les sourires, les échanges et l’affluence témoignent de l’intérêt suscité par cette première initiative.
Prendre soin de ceux qui ont construit hier
Au fond, cette journée raconte bien plus qu’une campagne de dépistage.
Vieillir en bonne santé, conserver son autonomie, être écouté, accéder aux soins et rester acteur de sa propre vie ne devraient pas être considérés comme des privilèges.
À Grand-Bassam, médecins, partenaires et personnes âgées ont ainsi donné un visage concret à cette conviction : l’allongement de l’espérance de vie n’a de sens que s’il s’accompagne d’une meilleure qualité de vie.
Et derrière les consultations, les chiffres et les conférences, demeure une ambition profondément humaine : ne pas seulement ajouter des années à la vie, mais de la vie aux années.
Kone Yaya




































