Face à la conjoncture économique difficile des médias, Paule Bénédicte Bolou, Ebony 2016 interpelle : « Quand on parle de tout ce que les hommes de média rencontrent dans l’exercice de leur fonction, il ne faudrait pas que ça se limite seulement à la nuit des Ebony. »
A quelques jours de la 19ème édition de la Nuit des Ebony, cet événement qui consacre les meilleurs hommes et femmes de média de Côte d’Ivoire, le Vendredi 29 Décembre prochain à Abidjan, nous avons tendu notre micro à l’Ebony 2016, Paule Bénédicte Bolou, journaliste et chef de service Rédaction à la Radio Yopougon.
Infoline.ci : Comment avez commencé votre métier de journaliste ?
Bénédicte Bolou : J’ai commencé d’abord en tant qu’animatrice dans une radio confessionnelle à Abidjan par le biais d’une amie. Je faisais quelques émissions sur cette radio confessionnelle et il se trouvait que le Directeur de la Radio Yopougon d’alors écoutait cette radio et il a entendu ma voix. Il a souhaité me rencontrer. A notre rencontre, un dimanche vers 19 heures, il m’a demandé si je pouvais venir m’essayer à autre chose. Je lui ai dit que l’affaire ne serait pas mauvaise. Et voilà, d’animatrice, nous avons grimpé. Aujourd’hui, nous sommes rédacteur en chef et ensuite chef de service rédaction.
Infoline.ci : Un très beau parcours …
Bénédicte Bolou : Avec beaucoup d’obstacles. Mais avec l’aide des uns et des autres, nous avons pu atteindre nos objectifs.
Infoline.ci : Parlons de la migration clandestine. Depuis quelques temps, la migration clandestine est au cœur des préoccupations mondiales, qu’est ce qui explique ce phénomène ?
Bénédicte Bolou : De façon simple, et c’est ce que tout le monde sait, c’est ce que tout le monde voit, c’est le chômage en Afrique. C’est le manque de projet, le manque d’emploi pour les jeunes. Et puis, on se dit quoi, être en Afrique à ne rien faire avec des diplômes ; aller de l’autre côté en Europe, on espère qu’avec quelques miettes, on pourra se réaliser parce qu’on ne peut pas permettre qu’un jeune aujourd’hui aille à l’école, il fait plus de vingt et un ans sur les bancs et il sort pour faire une cabine ou vendre des vêtements, des friperies, … Or, il a vraiment un bon bagage (intellectuel). On peut lui confier un poste dans une société. Mais quand on doit embaucher un jeune diplômé, on lui demande il a combien d’année d’expérience. Mais s’il n’a jamais fait ses pas, il ne pourra jamais avoir cette expérience pour pouvoir se vendre sur le marché. Je pense que c’est le manque de projets, de créativité autour de la jeunesse de façon générale qui fait qu’ils préfèrent partir de l’autre côté.
Infoline.ci : Que propose Bénédicte Bolou comme solutions pour faire face à ce phénomène ?
Bénédicte Bolou : Ce serait audacieux pour moi de dire que je propose une solution. Mais avec les lectures qu’on fait un peu de la politique en Afrique, on va dire que c’est d’aider ces jeunes-là, comme nous avons eu la chance d’être aidée. C’est d’aider ces jeunes à pouvoir se réaliser. Aujourd’hui, dire aux jeunes que ce n’est pas seulement de travailler dans un bureau, de dépendre de quelqu’un qui fera notre affaire ; de lui donner quelque chose, de lui confier un projet, de les mettre ensemble afin qu’ils puissent travailler de façon collégiale, à pouvoir se réaliser, à réaliser leur rêve à travers l’aide qu’on pourra leur apporter, que ce soit en collectivité ou individuellement. Je pense que les jeunes africains ont du potentiel.
Infoline.ci : La prochaine Nuit des Ebony, la 19ème Nuit a pour thème « Quel journalisme d’excellence face à la conjoncture économique difficile des médias ? ». Quelle réflexion vous inspire ce thème ?
Bénédicte Bolou : Oui, c’est très bon thème. Il est d’actualité. Quand on parle de conjoncture au niveau des médias, quand on parle des difficultés, quand on parle de tout ce que les hommes de média rencontrent dans l’exercice de leur fonction, je pense que le thème est évocateur parce que rien ne va. Honnêtement, il faut le dire, rien ne va. Il faut que les grands des médias puissent se plancher. Il ne faudrait pas que ça se limite seulement à la nuit des Ebony. Il faut que ce soit véritablement un problème qu’on prenne à bras le corps pour rentrer dans les différentes radios privées non commerciales et voir ce qui ne va pas vraiment et voir comment est-ce qu’on peut aider les agents de ces radios.
Infoline.ci : Bénédicte Bolou, Ebony 2016. Comment êtes-vous parvenue au sommet du journaliste en Côte d’Ivoire ?
Bénédicte Bolou : (Rires) Je veux dire simplement que ce sont les productions que nous avons proposées pour le concours Ebony 18ème édition l’an dernier qui ont accroché véritablement les membres du jury. Quand on va, on ne se dit pas je vais pour être super Ebony. Personnellement, je ne partais pas forcement pour être super Ebony. Je me dis, je viens d’une radio de proximité, je me contente de peu. Je vais si j’ai un petit prix, c’est bon. Je n’attends pas grande chose. Et puis quand on va et on revient avec pratiquement tous les plus grands prix, on se réveille le matin, on se pince et on dit : est-ce que c’est de moi qu’il s’agit ? Hier j’étais en train de marcher, aujourd’hui, j’ai une voiture, j’ai telle chose, telle chose… Bon on va parler du travail qui a été abattu.
Infoline.ci : Et pour la prochaine Nuit des Ebony, il y a deux nominés de la Radio Yopougon …
Bénédicte Bolou : (Rires) Je rends Grâces à DIEU parce qu’on avait proposé jusqu’à quatre. J’ai eu peur quand la date du quatre arrivait pour donner les différents nominés. Et quand j’ai vu Radio Yopougon a deux dedans, j’ai dit ‘’waouh’’. Ça prouve vraiment que le travail continu dans cette radio. Ça fait plaisir. Même tous ceux qui ont été nominés, vraiment je tiens à les féliciter. C’est pour dire qu’il y a la volonté, ils ont pris du plaisir à le faire. C’est leur travail qu’ils veulent montrer au monde. Si Radio Yopougon est nominée, je ne peux qu’être fière. Ça prouve qu’il y a un travail qui est fait dans les rédactions. C’est ouvert à tout le monde.
Infoline.ci : Quel regard portez-vous sur l’exercice du métier de journaliste en Côte d’Ivoire ?
Bénédicte Bolou : Difficile. C’est un métier difficile. Il faut savoir s’imposer, il faut savoir se faire sa place mais avec beaucoup d’humilité parce qu’on ne finit jamais d’apprendre dans ce métier. Il y a beaucoup de choses qu’on découvre. Sans compter que le monde change tous les jours. Il y a des choses nouvelles qui arrivent. Il faut se mettre à niveau. C’est un métier qui est difficile mais passionnant. Tout métier a ses réalités mais bon en Côte d’Ivoire, c’est un métier difficile parce que ça ne nourrit vraiment pas son homme. Mais je crois que c’est de voir quelle vision on veut donner de notre travail, quelle méthode on veut adopter pour changer un peu celle qui était là avant pour être encore meilleure.
Infoline.ci : Que retenir de Bénédicte Bolou ?
Bénédicte Bolou : C’est une femme qui aime s’amuser. (Rires) J’aime bien m’amuser, j’aime bien taquiner, je suis peu une ‘’mère-poule’’ parce que mon père je le dis toujours avait 34 enfants dont 18 filles donc je suis un peu celle qui aime jouer un peu le rôle de grande sœur, qui aime épauler les autres, qui aime écouter, parler beaucoup, ça j’aime ça. Beaucoup parler mais en même temps que je parle beaucoup j’écoute attentivement. Qu’on retienne de Bénédicte Bolou, celle qui est ouverte à tout le monde, qui n’est pas renfermée, qui veut aller de l’avant, qui veut découvrir des choses nouvelles mais pas seule, surtout pas seule.
Infoline.ci : Bénédicte Bolou, merci.
Bénédicte Bolou : C’est moi qui vous remercie.
Propos recueillis par Stéphane Loboué.









