‎San-Pédro, quand la fête éduque : le pari (risqué) de Mulu Festi Party

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‎Il est des festivals qui ne sont que paillettes et excès. D’autres, plus rares, osent l’ambition de la caisse de résonance sociale. En ce début avril 2026, San-Pédro, la deuxième ville portuaire de Côte d’Ivoire, a plongé au cœur de l’ambiance survoltée de la 7ᵉ édition du Mulu Festi Party  Porté par l’artiste-ambassadeur Dj Mulukuku, ce rendez-vous culturel aurait pu n’être qu’une énième vitrine du « show-biz ivoirien ». Pourtant, en osant troquer la gratuité habituel sésame des foules  contre une billetterie payante destinée à financer la construction d’une école dans le quartier défavorisé de Digbé, le festival fait un pari aussi généreux que périlleux. Entre reconnaissance des racines, promotion de la jeune fille et santé communautaire, cette fête se veut laboratoire d’un nouveau modèle.

‎Une ingénierie sociale à l’épreuve du terrain : entre urgence et durabilité

‎Le Mulu Festi Party 7 ne s’est pas limité à aligner une vingtaine d’artistes à la têtes d’affiche comme Molare, Jojo le Barbu, Apoutchou National, Carina Style, Team paiya, Team de Poy…. Son originalité tient à une chaîne de solidarité pensée en trois temps : des campagnes de santé multi-maladies, une séance de fitness populaire au terrain de la zone en face de la CIE, et surtout le financement inédit d’une école via la billetterie. Le mécanisme est vertueux : les festivaliers payent pour s’amuser, et leur loisir se mue en acte civique.

‎Un constat cependant, à court terme, l’initiative de la billetterie redore l’image d’un festival en quête de légitimité institutionnelle. Mais moyen terme, elle peut créer une dépendance dangereuse : si la billetterie fléchit, l’école inachevée deviendra un symbole de l’impuissance privée face aux devoirs régaliens. L’appel lancé par Dj Mulukuku aux autorités locales et partenaires est à cet égard un appel à mobilisation et de soutien de tous : « le festival a vraiment besoin de soutien» dit-il.
‎Un tel festival étant une lucarne d’expression des jeunes et un cadre promotion de la ville de san-pedro devrait vraiment être soutenir.

‎Le genre en vitrine, les invisibles en coulisses
‎Le thème choisi « La jeune fille dans la société nouvelle » est culturellement et politiquement  séduisant. Il permet d’afficher un engagement progressiste sans remettre en cause les structures locales de pouvoir. Sur scène, on célèbre la jeune fille. Les artistes vedettes comprend une femme. Les campagnes de santé touchent spécifiquement les adolescentes, premières victimes du tabou de la sexualité et des grossesses précoces . Le fitness public est mixte.

‎L’une des  forces de ce festival serait les associations féministes locales invités à animer des ateliers pratiques en coulisse (accès aux contraceptifs, éducation financière, droits fonciers pour les filles).

‎Ainsi, avec l’enthousiasme, disons que Le Mulu Festi Party fait mieux que 90 % des événements culturels dits internationaux. Mais pour passer de « belle intention » à « impact vérifiable », plusieurs évolutions s’imposent :

‎Des quotas d’artistes féminines , des micro-trottoirs durant le festival sur le thème choisi, retransmis en deuxième partie de soirée et une communication médiatique bien structurée « avant et pendant » l’événement.
‎ Un partenariat avec le ministère de l’Éducation nationale pour que l’école de Digbé ne reste pas une « école-festival » sans professeurs titulaires.

‎Au rappel Mulu Festi party 7 s’est déroulé du 03 au 05 Avril 2026 à l’espace Rotary de San-Pédro, une très belle ville côtière.  Dj Mulukuku a eu l’intelligence de lier la culture à la dette sociale dans cette ville et il mérite bien plus qu’un trophée de « meilleur commissaire de général de festival» a dit Coulibaly, un jeune festivalier qui a vraiment adoré le passage de la Team paiya le dimanche à la clôture.

Yaya Koné

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