
Après une année marquée par la pandémie à Coronavirus, les personnes handicapées dressent le bilan dans cette interview. Le président de la Coordination des Associations de Personnes Handicapées de Côte d’Ivoire (CAPH-CI), appelle l’aide de l’Etat.
Quel est l’état des lieux des personnes en situation de handicap en Côte d’Ivoire ?
Nous souhaitons d’abord, une bonne et heureuse année, pleine de paix à la Côte d’Ivoire, aux personnes handicapées et à nos autorités administratives. L’ampleur du phénomène du handicap en Côte d’Ivoire reste méconnue faute de statistiques fiables et de recherches sérieuses. Par conséquent, on ne se contente que des estimations qui restent encore alarmantes. Dans le monde, les statistiques des personnes handicapées sont estimées à 15% de la population mondiale. Il est également stipulé que 80% des personnes handicapées vivent dans les pays en voie de développement. En Côte d’Ivoire les statistiques des personnes handicapées restent insuffisamment documentées. En effet, le récent Recensement Général de la Population et de l’Habitat (RGPH) de 2014 en Côte d’Ivoire fait état de 0.2% de personnes avec handicap soit 453 453 personnes. Cependant, le rapport de ce recensement n’explique pas le type de handicap de 233 422 personnes et nous trouvons que cette statistique comporte beaucoup de biais. En considérant la donnée de la BM et de l’OMS, la population Ivoirienne vivant avec un handicap serait estimée aujourd’hui à 3 905 250 individus (15% de 26 035 000).
Certaines de ces personnes handicapées sont encadrées par quelques centres et associations qui s’occupent de leur prise en charge. Ces centres et associations se regroupent en quatre grands groupes dont la Coordination des Associations de Personnes Handicapées de Côte d’Ivoire (CAPH-CI) regroupant les Coordinations de l’intérieur du pays et des ONG gérant tous type de handicap, la Confédération des Organisations de Personnes Handicapées de Côte d’Ivoire (COPH-CI) regroupant les fédérations par type de handicap, la Fédération des Associations pour la promotion sociale des Handicapés (FAHCI) et les institutions spécialisées de prise en charge des personnes handicapées.
Malgré leurs efforts, l’amélioration des conditions de vie des personnes handicapées ne pourrait être durable que si les programmes et politiques de développement du pays intègrent les questions du handicap. Il suffit de se référer à quelques instruments juridiques et autres documents internationaux, régionaux et nationaux.
Le grand mérite revient aux Nations Unies où beaucoup de résolutions, études, conférences, traités et conventions dans la perspective de l’égalité des chances pour les personnes handicapées ont été adoptées depuis le dernier siècle. L’Afrique s’est réveillée pour penser à la promotion des personnes handicapées en proclamant la Décennie africaine des personnes handicapées et la création de comités de pilotage de cette décennie dans les pays membres de l’Union africaine.
La CAPH-CI c’est près de 80% des personnes handicapées de Côte d’Ivoire vivent à l’intérieur du pays et bénéficient de moins de 10% des investissements et assistances aux personnes handicapées. Notre volonté est la prise en compte égalitaire des personnes handicapées dans le développement de la Côte d’Ivoire. L’année 2020, n’a pas été facile de plus pour nous personnes handicapées très vulnérables. Néanmoins, nous avons eu à renforcer les capacités organisationnelles et institutionnelles des organisations de personnes handicapées. Faire la promotion de la citoyenneté et des droits civiques et sociaux de la personne handicapée, des activités de réduction de la pauvreté des personnes handicapées par un accès facile aux services sociaux de base (santé , éducation, formation, emploi, micro crédits, logement…). La promotion des actions de prévention du handicap et du VIH/IST et leur prise en charge.
Où en est-on avec la politique globale sur la situation des personnes handicapées ?
En matière de politique globale sur la situation du handicap , il y a eu beaucoup d’avancées au niveau international. Au niveau national, certaines avancées sont perceptibles en dépit des nombreuses difficultés.
Au niveau international , on peut citer entre autres: les déclarations sur les droits des personnes sourdes et aveugles, les droits des personnes handicapées. Les règles des Nations Unies pour l’égalité des chances des personnes handicapées. Les normes internationales du travail concernant la Réadaptation Professionnelle. La Résolution intitulée « Convention internationale globale et intégrée pour la promotion et la protection des droits et de la dignité des personnes handicapées. La Convention internationale des droits des personnes handicapées (CIDPH). La convention n°159 du BIT sur la réadaptation professionnelle et l’emploi des personnes handicapées et la recommandation n°168.
La Déclaration de Salamanque et cadre d’Action pour l’éducation et les besoins spéciaux. La Charte africaine du droit et du bien-être de l’enfant. La déclaration mondiale sur l’éducation pour tous et cadre d’action pour répondre aux besoins éducatifs fondamentaux. La convention internationale relative aux droits de l’enfant. La Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples
Au niveau national, on peut citer:
Le relèvement du montant de la subvention allouée aux organisations des personnes handicapées de 10 millions à 85 millions en 2020;
La loi n° 98-594 du 10 Novembre 1998 d’orientations en faveur des personnes handicapées de Côte d’Ivoire
La ratification par l’État de Côte d’Ivoire de la Convention Internationale 61/106 relative aux droits des personnes handicapées le 10 janvier 2014 ;
La prise en compte de la question du handicap dans le Code du travail régie par la loi n° 2015-532 du 20 juillet 1015 en son article 12.1, 12.2 et 12.3 ;
L’inclusion du Handicap dans le processus d’évaluation de la gouvernance en Côte d’Ivoire conduit par la Commission Nationale du Mécanisme d’évaluation par les Pairs (CN-MAEP) : l’ensemble de leurs préoccupations relevées lors des forums citoyens ont été prises en compte en tant que groupe majeur en 2016 ; la représentation des personnes handicapées dans les instances du Conseil National des Droits de l’Homme. L’inscription de la question de l’insertion socioéconomique des couches vulnérables dans la nouvelle constitution de la 3ème République en ses articles 32 et 33 ; la prise de mesures fiscales en faveur de l’emploi des personnes en situation de handicap dans l’Annexe Fiscale 2017 à son Article 1
La prise du décret 2018-456 du 09 mai 2018 relatif à l’emploi des personnes en situation de handicap dans le secteur privé ; la prise de mesures fiscales à caractère sociale en faveur de l’emploi des personnes en situation de handicap ;
La tenue de quatre (4) sessions de recrutements dérogatoires en 2015, 2018, 2019 et 2020(en cours), ayant permis respectivement à 858 personnes en situation de handicap (300, 158, 200 et 200) d’avoir accès à un emploi décent et stable dans l’administration publique.
Quelles sont les difficultés auxquelles les personnes vivant avec un handicap sont confrontées au quotidien ?
La véritable difficulté des personnes handicapées en Côte d’Ivoire, c’est l’absence de politique sociale et d’un cadre juridique national consacré à la prise en compte de la question du handicap.
A la faveur de l’élection présidentielle, vous avez produit un mémorandum qui parle de votre pleine participation à tous les processus électoraux. Qu’en est il ?
Effectivement, nous avons produit un mémorandum sur l’inclusion des personnes handicapées en Côte d’Ivoire. Après la rédaction et l’impression, nous sommes passés à la phase de distribution. Ce document a été transmis à toutes les institutions et tous les influenceurs pour soutenir notre plaidoyer. Nous avons consacré trois mois de communications et de vulgarisation du contenu de document important pour les personnes handicapées en Côte d’Ivoire. Nous attendons toujours la réaction de nos autorités face aux propositions. Nous profitons pour dire infiniment merci à tous les organes de presses audiovisuels qui nous ont accompagnés.
Comment jugez-vous la politique du gouvernement ?
Nous pensons que la politique gouvernementale évolue très lentement. En effet, il y a plus d’avancées théoriques visibles. En réalité nous avons quelques bonnes dispositions, mais qui ne sont malheureusement pas appliquées. Nous pensons qu’il y a un manque d’institutions fortes dédiées à la question du handicap . Nous souhaitons vivement : l’adoption d’une loi portant cadre organique des droits des personnes handicapées par le Parlement et promulgué; l’adoption d’une politique nationale claire sur la promotion des droits des Personnes Handicapées ; la mise en place d’un conseil national sur le handicap ; la création d’un secrétariat d’Etat en charge de la question du handicap ; la nomination de Conseillers en charge de la question du handicap auprès du Président de la République et du Premier Ministre.
Comment arrivez-vous à surmonter votre handicap ?
Vivre avec son handicap dans un pays en voie de développement n’est pas chose facile. Pour surmonter son handicap , il faut une dose de courage et de détermination pour pouvoir surmonter les obstacles qui se dressent devant nous à chaque étape de la vie. Le soutien des parents et des amis est un facteur important.
Qu’en est-il de l’insertion socio-professionnelle des personnes vivant avec un handicap ?
Le problème de l’insertion socio-professionnelle des personnes vivant avec un handicap fait partie des difficultés auxquelles cette catégorie de personnes fait face. En effet, le recrutement dérogatoire permet l’insertion des diplômés mais plus de 70% des personnes handicapées ne sont pas scolarisées. Aucune disposition pour l’auto-emploi existe. Le décret de 2018 sur l’emploi des personnes handicapées dans le secteur privé est inachevé. Donc sachant que 80% des personnes handicapées sont dans le secteur informel, nous sollicitons la mise en place d’un fond d’autonomisation des personnes handicapées avec accompagnement à la formation qualifiante.
Quelles sont les initiatives que vous avez entreprises à votre niveau pour améliorer les conditions de vie de vos membres ?
Pour cette année marquée par le Coronavirus, nos activités ont porté essentiellement sur la lutte contre la propagation de la pandémie sur les activités de citoyenneté. Nous avons
initié des activités génératrices de revenus. Nous accompagnons nos membres dans la rédaction des projets, des business plans et la recherche de financement. Les activités de citoyenneté étaient consacrées dans l’ensemble à mobiliser les personnes handicapées pour leur participation effective et massive au processus électoral .
Interview FB








