Samir Zarour (Artiste-peintre)
« Les personnes comme Houphouët-Boigny, il n’y en a pas… »
« On n’a pas encore trouvé le remplaçant d’Houphouët-Boigny… »
« Il faut créer un festival et un musée d’arts contemporains »
« Que chaque ministère achète une seule œuvre… »
La Côte d’Ivoire compte des virtuoses de la peinture dont les talents sont mondialement reconnus. Parmi eux l’ivoirien Samir Zarour figure en bonne place. Dans cette interview, le chevalier de l’ordre du mérite ivoirien, annonce une grande exposition, parle des présidents Houphouët-Boigny et Bédié qu’il a côtoyé. Le Prix de la ville de Cagnes-sur-mer (France), exhorte l’Etat à aider les artistes plasticiens.
Vous organisez une exposition d’art en novembre. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?
Je suis l’artiste peintre ivoirien Samir Zarour. J’organise du 8 novembre 2018 au 05 janvier 2015 à Sofitel Abidjan hôtel ivoire sis à Cocody, une exposition de 27 de mes meilleures toiles. L’évènement est placé sous le parrainage du ministre des Mines et géologie, Jean-Claude Kouassi.
Quelle cible voulez-vous atteindre lors de l’exposition d’art que vous organise en novembre 2018 ?
Quand je fais une exposition j’invite tout le monde, je ne laisse personne. Si un artiste a besoin d’un sponsor il peut trouver. Il faut que gouvernement puissent les suivre et montrer l’intérêt. Quand j’étais au ministère de la Culture, j’ai créé le festival international d’arts africains ? Presque tous les pays africains venaient. Premier, deuxième ,troisième festival. Cela poussait les artistes à travailler. Une fois je suis allé voir un artiste qui est professeur. Il n’avait rien. Je l’ai engueulé ! Je lui ai dit, ce n’est pas parce que tu es professeur que tu gagnes ta vie, ce n’est pas cela qui est important, c’est l’œuvre qui va te sauver ! Il n’a pas dormi toute la nuit il a travaillé. Il m’a envoyé l’œuvre, dégoulinante. Elle était encore fraîche. Comme par hasard, le président Philippe Grégoire Yacé a acheté ce tableau-là. L’auteur n’était pas là il dormait puisqu’il a travaillé toute la nuit, il était fatigué. L’œuvre a été exposé. Il m’avait fait un prix, 400.000 fcfa. J’ai doublé le prix, pas pour moi mais pour l’auteur. Le président Yacé a réservé le tableau. Je lui ai dit, j’ai vendu ton tableau 800.000 fcfa. Le gars a pleuré. Il m’a dit à l’époque, je vais m’acheter une voiture. Il m’a beaucoup remercié en disant, si tu ne m’avais pas poussé ? Tu m’as même engueulé, mais tu ne m’as pas insulté. Mon orgueil a été bafoué. Tu m’as secoué, merci beaucoup. Il y en a beaucoup comme cela qu’il faut secouer, comme un arbre pour faire tomber les fruits.
Quel regard jetez-vous sur les nouvelles générations de plasticiens ivoiriens ?
Ils cherchent un peu la facilité. Ceux qui sont sortis de là on les connait bien. Les James Houra, Mathilde Moro et autres ont un style. Mais, il y en a d’autres. On dirait qu’ils se copient entre eux. Et quand tu vois un tableau tu as l’impression que c’est la même chose. C’est ce qui est dommage. Cependant, il y a des artistes très doués. C’est dommage qu’on ne puisse pas faire tous les ans, un festival d’arts contemporains et créer un musé d’arts contemporain au lieu de faire l’artisanat. Sélectionner des œuvres et encourager les artistes qui veulent percer. A un moment, j’ai dit que si chaque ministère nous donnait, il ne serait-ce que 0,01% de son budget pour acheter une seule œuvre d’un artiste qui expose, dans 10 ans on aurait un patrimoine énorme. C’est la richesse de la Côte d’Ivoire et en même temps ça encourage l’artiste, sachant que s’il expose, il pourra vendre. On ne le fait pas, c’est dommage ! Ces artistes plasticiens, chacun se cherchent. Ils ont besoin d’être accompagnés. Aujourd’hui, si vous avez remarquez, le tube de peinture est à 40.000 fcfa. Ce n’est pas normal ! On constate que certains prennent de simples pots de peinture ordinaires pour travailler. Non ce n’est pas cela ! Il y a une peinture spéciale pour les tableaux. Il y a de bons dessinateurs et de bons peintres. Mais il y a artiste et artiste. L’artiste doit avoir du génie dans le ventre. Quand tu n’as pas cela, c’est zéro. Quand tu as les trois, c’est fabuleux !
Quel souvenir gardez-vous de la célébration de vos 50 ans de carrière artistique ?
Lors de la célébration de mes 50 ans de carrière, le journaliste Jean Antoine Doudou (Le Patriote) m’a beaucoup aidé. J’ai beaucoup vendu. Ce qui représente à peu près les ¾ de mes tableaux. Et cela fait toujours plaisir. Cela s’est bien passé. La cérémonie a été correcte.
Que retenez-vous du président Félix-Houphouët-Boigny en tant que mécène des arts plastiques ?
Les personnes comme le président Félix Houphouët-Boigny, il n’y en a pas beaucoup dans ce monde. Je pense que jusqu’aujourd’hui on n’a pas encore trouvé en Afrique, celui qui va le remplacer. Je dis bien en Afrique. Non seulement, il voit loin et on le sent lorsqu’on lit ses discours. Il faut lire ses discours. On se rend compte que c’est un grand homme d’Etat. Même le général De Gaule l’appréciait beaucoup. Le président Mitterrand, par l’intermédiaire de son fils a dit que, le seul homme que son père craignait était le président Houphouët-Boigny, parce qu’il ne savait jamais ce qu’il pensait. Des hommes comme ça, il n’y en pas beaucoup. Il y avait Mandela et Houphouët-Boigny. Tous ceux qui sont là, qui font le maximum pour continuer, ils ont été boycottés. On les empêche, c’est ça qui est triste.
Comment voyez-vous la Côte d’Ivoire actuelle ?
Il y a du travail à faire dans ce pays. L’autre fois je suis allé à Abobo. Ce n’est pas possible. J’ai été choqué par la grande insalubrité. Or, on nous nous parle tout le temps de milliards. Quand le touriste arrive et voit cela, ça ne peut pas l’inciter à revenir. La ministre Anne Ouloto a bien commencé et puis après… !
Interview réalisée SERGE AMANY







