L’impact du paludisme ne s’arrête pas à la guérison

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ENTEBBE, Uganda, 27 octobre 2026 -/African Media Agency(AMA)/ – Lorsque James Ssemambo, 9 ans, a contracté un paludisme grave à Kitosi, village situé dans le sous-comté de Koome, dans le district de Mukono, en Ouganda, la maladie a touché bien plus que sa santé physique. Sa mère, Sarah Nankya, a passé trois jours à ses côtés dans un centre de santé, laissant son travail et ses autres enfants, tandis que la famille faisait face aux frais supplémentaires de transport, de traitement et de nourriture.

Même après son retour à la maison, la guérison de James a pris du temps.

« Mon enfant a manqué l’école pendant plus d’une semaine à cause de la maladie. Même après son retour, il était encore faible et avait parfois du mal à se concentrer sur son travail scolaire », se souvient Sarah Nankya.

Son expérience met en lumière un aspect moins souvent évoqué du fardeau du paludisme : les difficultés que peut rencontrer un enfant après avoir survécu à la maladie.

Selon les dernières estimations de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), l’Afrique a concentré 94 % des cas de paludisme et 95 % des décès dans le monde en 20241, les enfants de moins de cinq ans représentant les trois quarts des décès dus au paludisme dans la région. Pourtant, la mortalité n’est pas la seule mesure de l’impact du paludisme.

Des recherches menées par des scientifiques africains montrent que certaines formes de paludisme grave peuvent avoir des conséquences qui se prolongent des années après la maladie initiale.

Le Dr Paul Bangirana de l’Université Makerere, en Ouganda, étudie les conséquences neuropsychologiques du paludisme de l’enfant depuis plus de vingt ans. Ses recherches prospectives antérieures avaient mis en évidence une altération des fonctions cognitives chez un survivant sur quatre du paludisme cérébral de l’enfant, 24 mois après la maladie.

Plus récemment, une étude de 2026 publiée dans JAMA2 , dont Bangirana est coauteur, a suivi 889 participants et constaté que les survivants d’un paludisme cérébral ou d’une anémie palustre sévère contractés pendant l’enfance présentaient une capacité cognitive globale et des résultats en mathématiques inférieurs à ceux des enfants non touchés de la communauté lorsqu’ils ont été évalués 4 à 15 ans plus tard. L’étude n’a pas relevé de différences significatives dans les scores de lecture ou d’attention.

« Survivre au paludisme est primordial. Cependant, les effets secondaires d’un épisode grave peuvent être invalidants », déclare Bangirana. Les travaux plus larges de son équipe ont associé le paludisme grave, en particulier le paludisme cérébral et l’anémie palustre grave, à des problèmes touchant la cognition, le comportement, la santé mentale, la réussite scolaire et la qualité de vie liée à la santé.

Bangirana et ses collaborateurs ont également élargi leurs recherches pour examiner comment ces effets peuvent apparaître de l’enfance au début de l’âge adulte.

Site de débarquement de Kitosi, dans le sous-comté de Koome, district de Mukono. Crédit : Uganda Virus Research Institute

Les effets pratiques et émotionnels sur les familles

Les recherches commencent aussi à révéler ce que ces conséquences peuvent signifier pour les familles. Des entretiens menés par l’un des doctorants de Bangirana3 auprès de personnes s’occupant d’enfants ayant eu un paludisme grave suivi d’accès répétés de paludisme ont mis en évidence des changements de comportement et de moins bons résultats scolaires, ainsi que des perturbations familiales, des désaccords sur l’endroit où chercher de l’aide, un sentiment d’impuissance et des difficultés à concilier travail et responsabilités familiales.

« Les accès répétés de paludisme causent beaucoup d’inquiétude, car en tant que parent, on a toujours peur que son enfant retombe gravement malade », dit Nankya. « Parfois, je dois quitter mon travail ou d’autres obligations pour m’occuper de mon enfant, ce qui affecte les revenus de toute la famille. »

Ces expériences rappellent pourquoi la prévention du paludisme reste cruciale, et pourquoi l’Afrique a toujours besoin d’outils multiples et complémentaires.

Les interventions existantes, notamment les moustiquaires imprégnées d’insecticide, les médicaments et les vaccins, sauvent des vies. Mais des défis comme la résistance aux médicaments et aux insecticides continuent de menacer les progrès. La recherche sur de nouvelles approches demeure donc un volet important de la lutte contre le paludisme.

Target Malaria, un consortium de recherche à but non lucratif, fait partie des programmes de recherche dirigés par des Africains qui étudient si les technologies génétiques pourraient un jour compléter les interventions existantes. Ses travaux explorent la technologie de l’impulsion génétique (gene drive), conçue pour réduire les populations de certains moustiques vecteurs du paludisme, avec une recherche qui progresse par étapes d’évaluation scientifique, sous contrôle réglementaire et avec l’engagement des communautés.

La technologie est encore en cours de développement et n’est actuellement étudiée qu’en laboratoire, en milieu confiné, mais son ambition traduit une vision plus large – la prévention du paludisme ne se limite pas à y survivre.

« Quand la fièvre tombe, cela ne veut pas dire que l’enfant va tout à fait bien », dit Nankya.

Pour Bangirana, cela renforce l’idée qu’il faut considérer la valeur de la prévention du paludisme au-delà de l’évitement de la maladie aiguë et du décès. Prévenir le paludisme grave pourrait aussi aider à éviter certaines des conséquences à plus long terme qui lui sont associées sur les plans cognitif, comportemental, éducatif et de la qualité de vie.

Alors que l’Afrique œuvre à l’élimination du paludisme, comprendre l’ensemble du fardeau de la maladie suppose de regarder au-delà de l’infection elle-même, vers les enfants qui retournent en classe, les parents qui reprennent le travail et les avenirs que la prévention peut contribuer à protéger.

Distribué par African Media Agency (AMA) pour Target Malaria

  1. https://www.who.int/news-room/fact-sheets/detail/malaria ↩︎
  2. Bangirana P, Mellencamp KA, Ren J, et al., “Long-Term Cognitive Ability and Academic Achievement
    After Childhood Severe Malaria,” JAMA, 2026;335(18):1596–1605.
    https://jamanetwork.com/journals/jama/fullarticle/2847971 ↩︎
  3. https://link.springer.com/article/10.1186/s12936-018-2514-z ↩︎

À propos de Target Malaria :

Target Malaria est un consortium de recherche à but non lucratif qui vise à développer et à partager des technologies génétiques nouvelles, économiques et durables pour modifier les moustiques et réduire la transmission du paludisme.

Notre vision est de contribuer à un monde sans paludisme. Nous visons l’excellence dans tous les domaines de notre travail, en créant une voie pour une recherche et un développement responsables des technologies génétiques, telles que l’impulsion génétique.

Target Malaria reçoit un financement de base de la Fondation Gates et de Coefficient Giving (anciennement Open Philanthropy). L’organisation bénéficiaire principale est l’Imperial College de Londres avec des partenaires en Afrique, en Europe et en Amérique du Nord. www.targetmalaria.org

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