nulle part on n’a vu un pays se développer avec une monnaie contrôlée par un autre pays

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Le maintien ou la dissolution du Franc CFA Une analyse et une lettre de Richard NIAMBA
Le récurrent débat autour du Franc CFA a refait surface. Cette fois, la boite de Pandore a été ouverte par le vice-président du Conseil italien Luigi di Maio. Il a accusé la France d’utiliser «le franc des colonies» afin de «financer sa dette publique» et maintenir ses anciennes colonies dans le sous-développement. Il n’en fallait pas plus pour que les nombreux pourfendeurs du Franc CFA donnent de la voix. Ils se sont même réunis au Mali voisin pour demander la mise à mort du Franc des colonies Françaises d’Afrique (CFA).

Devant cette levée de boucliers tout azimut, le Premier d’entre les Ivoiriens a fait entendre sa voix. Pour lui, ancien Gouverneur de la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), le franc CFA est une monnaie «stabilisante» qui assure la croissance de plusieurs pays africains qui l’utilisent toujours. Le «faux débat» sur le franc CFA, «monnaie solide, bien gérée et appréciée», doit cesser.

Je ne m’y connais pas en économie, mais j’écoute attentivement et lis minutieusement tous les arguments développés autour du Franc CFA. Histoire de me forger une opinion.
Je voudrais relever les propos de l’économiste français Jacques Sapir qui dit que « Les problèmes créés par le franc CFA sont aujourd’hui devenus sans doute plus évidents que ses avantages. De ce point de vue, la critique la plus radicale que l’on peut faire au franc CFA est le fait qu’il contribue à maintenir les pays qui l’utilisent dans un système politique archaïque et pervers. Ce simple fait est largement suffisant pour le condamner aux yeux de l’histoire, mais aussi des peuples ».
Il poursuit pour dire que « le franc CFA pénalise l’économie des pays concernés. Cela devient particulièrement évident quand les prix mondiaux des matières premières (arachide, cacao, café ou encore pétrole…) baissent. Logiquement, les monnaies des pays exportateurs devraient baisser. Mais, du fait du système du franc CFA, cela ne peut se produire. Il en découle de nombreux déséquilibres, et en particulier une pression très forte sur les investissements publics qui contribue à maintenir de nombreux pays dans la trappe du sous-développement ».
Certains analystes très critiques, affirment que «nulle part on n’a vu un pays se développer avec une monnaie contrôlée par un autre pays, comme c’est le cas du franc CFA ».

Les réseaux sociaux sont en ébullition. Ici, c’est la foire aux empoignes. Tous ceux qui lèvent le petit doigt pour soutenir le Franc CFA, sont copieusement traités de tous les noms d’oiseaux. Ils sont présentés comme traitre à la cause du développement des États africains. Les arguments les plus utilisés par les anti-Franc CFA disent que « le maintien du franc CFA soulevait, et soulève toujours, de nombreux problèmes. Le premier tient à sa structure même. Le franc CFA repose largement sur une structure liant les pays concernés à la France. Les réserves de change sont détenues par le Trésor français. Et plus important, le lien entre le franc CFA et la monnaie française (franc puis euro) conduit à une surévaluation du franc CFA. Cette surévaluation est beaucoup trop forte pour l’économie de ces pays africains, et devient donc un inconvénient majeur pour leurs exportations».
Mon Cher Oncle,
Devant cette offensive qui vise la dissolution du Franc CFA, certaines réactions, même timides, se font entendre. Pour Bruno Bernard, économiste et spécialiste de l’Afrique, « ceux qui parlent beaucoup du franc CFA, ce ne sont pas les Africains d’Afrique étrangement, ce sont les Africains d’Europe qui eux, sont payés en euro et qui ne vivent pas le franc CFA de la même façon ».
Il prévoit « une hyperinflation si chaque pays de la zone franc CFA se retire: une économie qui va créer une monnaie comme le Togo ou le Bénin va directement être attaquée par les traders anglo-saxons qui vont la manger toute crue et qui vont faire du chantage comme les fonds vautours».

Pour parler ivoirien, affaire de Franc CFA n’est pas petit affaire. Au vu des arguments déployés ça et là, il revient à chacun de se faire une opinion quant à l’opportunité des pays membres de l’UEMOA de conserver cette monnaie ou de battre la leur. Près de soixante ans après les indépendances, Il appartient surtout à tous les décideurs Africains de faire le bon choix pour le développement de leurs États. L’histoire les regarde.
Le temps est venu pour moi de te quitter, prenons rendez-vous pour la semaine prochaine. Bien à toi.
Richard NIAMBA journaliste
richniamba@gmail.com