Lancina Karamoko (Pdt Lider) : «Je suis pour un retour au parti unique, si …»

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Lancina Karamoko est l’actuel président du parti Lider depuis mars 2018. Dans cet entretien, il dit être favorable à un retour de la Côte d’Ivoire au parti unique, autour du Rhdp. Il évoque également les raisons de son divorce d’avec Mamadou Koulibaly, le président fondateur.

Comment se porte Lider ?

Le parti se porte bien, depuis son Congrès extraordinaire du 17 mars 2018. Congrès qui m’a porté à la tête du parti. Nous occupons le terrain. Le parti avance dans son approche. Aujourd’hui, nous sommes un parti membre du Rhdp.

Quels sont vos rapports aujourd’hui avec le Président Mamadou Koulibaly, président-fondateur du parti ? Il semble ne toujours pas vous reconnaître comme président su parti …

C’est normal qu’il ne me reconnaisse pas. Puisque, lors que vous créez un parti sur la base de textes qui le régissent. Il faut les respecter. Ils n’ont pas respecté ces textes. Nous, nous l’avons fait en allant à un congrès statuaire, légal qui nous a mis à la tête. Evidemment, notre démarche ne les convient pas. C’est normal qu’ils disent qu’ils ne nous reconnaissent pas. L’essentiel est que la loi de Côte d’Ivoire nous reconnaisse.

Pourquoi une dissidence au sein d’un parti qui est déjà considéré, à tort ou à raison, comme petit ?

Nos textes disent que le président est élu pour un mandat de trois ans renouvelable une fois. Le Président Mamadou Koulibaly a eu un premier mandat de 2011 à 2014, puis un second de 2014 à 2017. Son mandat étant achevé, il était question d’organiser un Congrès pour désigner son successeur. Il a fait reporter une première fois, la tenue de ce Congrès. Mais il ne pouvait pas le faire indéfiniment. Il n’a pas respecté les délais pour la tenue du Congrès. Les membres du Conseil national, qui sont des membres statutaires, habilités à convoquer un Congrès si besoin est, l’ont fait. Et depuis le mars 2018, je suis à la tête du parti.

Que devient Nathalie Yam dans tout ça ?

Nathalie Yam n’était qu’une conseillère du président Koulibaly Mamadou. Elle n’est pas membre-fondateur du parti. Je suis celui sur qui le président Mamadou Koulibaly s’était appuyé pour créer le parti, le 10 juillet 2011. J’ai été le président du Comité d’organisation du lancement du parti, le 14 juillet 2011. J’ai été l’une des chevilles ouvrières du Congrès constitutif. Nathalie Yam ne figure nulle part sur la liste des membres-fondateurs du parti. Elle n’était qu’une simple conseillère du président. Si la présidence a changé de mains, moi le nouveau, je ne suis pas obligé de la prendre dans mon bureau. Elle peut être simple membre du parti.

Elle vous aurait cité à comparaître devant la justice. De quoi s’agit-il exactement ?

Effectivement. Elle m’a convoqué parce qu’elle estime que le logo et le sigle du parti lui appartiennent. Je vous parle de ce parti qu a été créé sur mes pieds et dont j’ai été le président du Comité d’organisation. Un parti dont je connais les membres-fondateurs qui, malheureusement, ont tous quitté le “navire“ le 14 juillet 2011. Et le 9 octobre 2017, Nathalie Yam vient me dire qu’elle est la propriétaire du parti, parce qu’elle aurait déclaré le logo et le sigle à la propriété intellectuelle, en son nom propre. Donc, toute utilisation de des éléments doit avoir, au préalable, son autorisation. Je trouve cela un peu grossier. Comme c’est une histoire de justice et que l’affaire est en cours, je ne souhaite pas m’étaler dessus.

Comment expliquez-vous qu’un parti créé par un homme de gauche (Mamadou Koulibaly est transfuge du Fpi. Ndlr), se retrouve au Rhdp ?

Si vous lisez bien nos textes, vous verrez que Lider n’a jamais été un parti de gauche. Mamadou Koulibaly, est, certes sorti du Fpi avec Laurent Gbagbo, qui est de gauche. Mais, à sa création, nous avons présenté le parti comme étant un parti libéral. Si l’on veut donc bien y voir, nous somme fondamentalement proche du Rdr, de par notre idéologie. Nous devions même appartenir à l’international libéral.

Vous sentez-vous bien au Rhdp ? Parce-que votre parti n’est pas souvent cité, lorsque les cadres du Rhdp parlent de leurs alliés …

C’est dû au fait que nous venons d’arriver. Il faut avoir l’honnêteté de le dire. Nous sommes arrivés après l’AG Constitutive. Donc, nous ne pouvons pas tout revendiquer en même temps. Mais, maintenant que nous sommes là, les gens commencent à s’habituer à nous. Pour l’organisation du Congrès Constitutif du 26 janvier prochain, nous sommes de toutes les Commissions. Entant que président du parti, je suis dans la commission scientifique du Congrès. Nous sommes pris en compte, même dans les délégations qui iront à l’intérieur du pays pour les précongrès. Nous allons mobiliser nos militants pour l’évènement.

À quoi cela sert-il de prendre la tête d’un parti pour venir signer son arrêt de mort, quelques semaines après, dans le Rhdp ?

C’est ce que pensent les gens. Mais, attendons d’abord de voir ce que décidera le Congrès constitutif, au sujet du fonctionnement des partis après le 26 janvier. Si ça devait arriver, nous n’avons aucun complexe à ce niveau. Ce qu’il fait savoir, c’est au temps du parti unique que la Côte d’Ivoire a connu son boom économique des années 70. La Chine qui, dans quelques années, deviendra la première puissance au monde ne compte pas deux partis politiques. Il n’y a qu’un seul. Alors, si nous devions tous nous mettre ensemble pour former un seul et grand parti qui pourra tirer la Côte d’Ivoire vers le haut, j’y adhère.

Vous voulez donc dire que vous êtes pour un retour au parti unique ?

Je préfère ça, plutôt que de multitudes de partis qui tirent le pays vers le bas. Je suis pour le parti unique, se cela devait permettre à la Côte d’Ivoire d’avancer. Si cela doit permettre aux plus jeunes que nous de faire de belles études comme nous en avons fait, au temps du parti unique. Le multipartisme a apporté quoi à la Côte d’Ivoire, par rapport au parti unique qui nous a tous offert ? Etudiants, nous avons étudié dans de très bonnes conditions. Aujourd’hui, nos petit-frères étudient dans des conditions difficiles. Si l’on doit comparer les deux époques, il n’y a pas photo.

Quel Rhdp sans le Pdci-Rda, selon vous ?

Je ne jouerai pas les médiateurs qui veulent rapprocher les présidents Bédié et Ouattara. Nous n’étions pas là lorsqu’ils se rapprochaient. Ce qui est important, c’est que nous rejoignons le Rhdp. Et je pense que le Rhdp peut avancer sans Bédié. C’est à lui, Bédié, d’apprécier. Je crois qu’il sait les raisons pour lesquelles il s’était approché du président Ouattara. IL sait pourquoi il a lancé l’appel de Daoukro. Il sait comment ils ont fonctionné de 2005 à 2018. S’il y a un problème, ils savent comment le régler. La qualité de leurs rapport, cela ne nous intéressé pas. C’est le Rhdp qui nous importe.

Vous n’avez pas peur d’arriver dans une famille politique qui aura face à elle, une grande alliance qui arrive avec le président Bédié, le Fpi et peut-être, Guillaume Soro ?

C’est au pied du mur qu’on voit le vrai maçon. Que cette plate-forme se crée et nous verrons sur le terrain. Je ne suis pas de ceux qui trouvent que le Rhdp est en perte de vitesse. Au contraire, il se renforce tous les jours. Certes, pas avec de grosses formations politiques. Mais, il y a des personnalités fortes, représentatives dans leurs régions respectives qui la rejoignent.

Guy Michael (Source : Correspondance particulière)